Chapitre 4.
Adam déposait un dernier sac dans la chambre de Katie. Elle n'était pas très chargée. Elle n'avait pas une quantité impressionnante de vêtement ou d'affaires personnelles. Petite, elle ne jouait qu'avec cette poupée en tissus que son père lui avait offerte. Elle s'y était attachée, et ne voulait jamais s'en séparer. Elle lui avait attribué ses souvenirs, son nom, lui confiait ses peurs et ses sentiments. Lui apprenait à chanter et à danser. Elle s'y était attachée. Elle avait ferment décidé qu'elle ne s'en séparerait jamais. Personne ne pouvait la faire changer d'avis. C'était sa poupée et son unique amie. Jouer avec une autre poupée, plus jolie et mieux habillée revenait à la trahir.
Aujourd'hui encore, c'était comme ça pour tout. Elle se prenait d'affection pour chaque chose. Elle aimait son vieux jean effiloché. Elle n'en achetait pas d'autre. Elle aimait les chewing-gums à la fraise, elle n'en mâchait aucun autre. Elle relisait chaque fois le même bouquin relié que lui avait donné sa grand-mère pour ses douze ans, et malgré l'usure et les pages qui s'en détachaient, elle n'achetait pas la nouvelle édition.
Voila pourquoi ses affaires se résumaient à si peu de choses. Et même si Adam pensait que c'était seulement parce qu'elle n'avait pas un compte bancaire plein à craquer, il pouvait se douter qu'elle ne lâchait pas tout son argent pour une nouvelle robe signé Prada.
Face à face dans la chambre qu'occupait Katie, ils se regardaient comme deux statuts, figés dans le temps, incapable de voir autre chose. C'était étrange, mais pas embarrassant. L'attraction qui les liait semblait naturelle et les berçait agréablement. Ils se fixaient, comme si c'était la première fois et se dévisageait comme si ce serait la dernière. Mais l'atmosphère s'alourdit quand Katie, enfin consciente de sa proximité avec Adam, sursauta violemment, rougissante d'embarras. Elle se recula vivement, et laissa échapper un son ridiculement fluet lorsqu'elle tenta de se racler la gorge.
- Merci beaucoup de m'avoir aidé. Je sais qu'il n'y a pas grand-chose, mais toute seule, j'aurai eu du mal ...
Ca, il voulait bien le croire, elle devait pas peser très lourd, et ses bras semblait aussi cassant que du verre.
Elle attendait son départ, mais Adam ne bougeait pas. Il continuait de la regarder, un éclat brillant de lumière, dansant dans ses yeux gris.
Elle hésitait, de plus en plus rouge à lui demandait ce qu'il attendait.
- Tu as déjeuné ce matin ? Lança t-il brusquement.
Trop brusquement sans doute, puisque Katie se mit à trembler.
- Non. J'arrive de Sacramento, le voyage a été long ce matin. Et à vrai dire, je n'ai pas vraiment faim.
- Je ne suis pas de cet avis. T'as l'air affreux de celle qui n'a pas mangé et pas dormi depuis trop longtemps. Si tu as la santé fragile il faudrait trouver une autre actrice, et mon père ne s'en remettrait pas.
Il lui attrapa fermement le poignet et l'entraîna dehors.
- Non, je t'assure, ça va, je n'ai pas fa...
Elle croisa son regard sans appel, froid et noir, et se laissa faire en silence.
Sortit de l'hôtel, Adam n'avait toujours pas lâcher la main de la jeune fille, l'entraînant derrière lui dans sa course. Elle n'osa pas ouvrir la bouche, beaucoup trop intimidé par les humeurs, l'assurance et la confiance en soi du jeune acteur, qu'elle même n'avait pas. Plus impressionnant encore, il était beau. Célèbre, talentueux, et beau. Le mec idéal, dont elle n'aurait jamais rêvé. Et c'est ce qui l'attirait.
Sans prévenir, il s'arrêta brusquement et Katie, toujours attachée à lui, le percuta comme une porte qui claque, ou la pluie qui tombe sur une plaque en métal.
La tête enfouie dans le pull d'Adam, elle en rougie de gène. Elle se défit enfin de son emprise et il se tourna pour lui faire face.
- Excuse-moi.
Elle hocha lentement la tête pour lui signifier qu'elle avait compris. Il s'approcha d'elle et se plaça à ses cotés. Il plaça sa main dans le dos de Katie pour l'inciter à continuer d'avancer. Dieu qu'il se sentait grand à coté de sa petite et frêle silhouette. Grand, mais bizarrement impuissant.
C'est plus lentement cette fois, qu'ils continuèrent d'arpenter dans un silence agréable, les rues chics de la belle cité des Anges.
*
Le couple idéal, pensaient les passants de l'autre coté de la vitre en les voyants assis à cette table de café. Prenaient-ils un café ensemble, avant de passer une journée loin l'un de l'autre en partant travailler ? Prenaient-ils tout leur temps à se raconter, les yeux dans les yeux, tous ce qu'ils avaient vécus pendant de longues semaines de séparation ? Savouraient-ils cette belle matinée ensoleillée pour le simple plaisir d'être ensemble encore un peu plus longtemps ?
La jolie brunette aux yeux sans nuage et le beau et jeune acteur aux yeux nuageux.
Adam regardait Katie de manière si transparente qu'il fut difficile d'expliquer pourquoi il avait été si désagréable quelques heures plus tôt. Pourtant, la réponse était simple. Il était Adam McWhite. Et Adam McWhite fait ce que bon lui semble et ne se soucie guère des autres ou de leurs états d'âmes, allant jusqu'à piétiner les sentiments des autres, au risque de compliquer les siens. D'ailleurs, quiconque le connaissait aurait été désemparé par l'absurdité de cette scène. Qui pouvait comprendre ce qui l'animait et le poussait à être si peu lui-même en cet instant ?
Personne n'aurait compris. Et surtout pas lui.
- Quel âge as-tu ? demanda Adam curieux. Tu as l'air drôlement jeune.
- Dix-huit ans. Dans onze jours en fait.
- C'est tout ? Dans onze jours ? C'est bientôt ton anniversaire alors ...
- Ca n'a pas d'importance, dit-elle en haussant ses maigres épaules.
- Pas d'importance ? demanda t-il surpris.
- Non aucune. Et toi ? Quel âge as-tu ?
- Vingt et un ans. Depuis deux mois.
Katie sirotait tranquillement son café, mais Adam s'étonnait de la façon dont elle avait réagit à l'énonciation de son anniversaire avec une fermeté qu'il ne lui connaissait pas mais qui n'avait pas duré, pour laisser très vite la place à de jolie rougeurs sur ses joues. Il remarqua qu'elle avait soudain l'air gêné, et changea de sujet, se promettant de lui demander un jour.
- Tu as toujours voulu jouer la comédie ?
- Non. En fait, je ne le veux pas. Le rôle me plaisait, et c'était dans mes cordes. Je ne compte pas du tout en faire mon métier.
- Ah non ?
- Non ! J'ai besoin d'argent en fait. Je dessine depuis toute petite. C'est ça que je veux vraiment. Mais pour ça, il me faut de l'argent. Tu comprends, ... je veux suivre des cours de dessins dans une école d'Arts, mais ça coûte beaucoup d'argent.
- Vraiment ? Tu n'as jamais rien voulu faire d'autre ?
- Jamais Ca te parait bizarre ?
- Oui. Tu n'a que 17 ans ...
- Dix-huit, coupa t-elle rougissante d'avoir oser.
- 18 ans si tu veux, ... tu pourrais avoir et faire tellement plus ...
- Mais non, justement, c'est ça qui me plaît. D'ailleurs, tu devrais comprendre mieux que quiconque.
- Moi ? S'étonna t-il, Pourquoi ?
- Le cinéma. Tu ne rêves pas de ça depuis toujours ? Tu as commencé très jeune, et je suppose que tu ne t'imagines pas faire autre chose non ?
- Tu as raison. C'est vrai, je ne pourrai pas faire autre chose. Je suis très bon dans ce que je fais, je gagne beaucoup d'argent, je m'amuse et ça ne changera pas.
Elle sourit naïvement. Il était prétentieux en plus de ça ! Les joues roses de Katie le rendaient dingue, mais pas autant que dans les moments où elle posait ses yeux sur lui. Il ne se gênait pas non plus, la regardant sans gêne, ses yeux gris animés d'une lumière nouvelle, se baladant sur le corps délicat de la jeune femme, s'arrêtant par-ci, par-là, sur sa peau claire et douce.
Etrange, et plaisant tableau dont il faudrait profiter.
*
C'était gênant. Aussi bien pour l'un que pour l'autre. Marchant côte à côte, mais suffisamment loin pour ne pas se toucher, dans le couloir de l'hôtel, aucun des deux ne prononçait le moindre mot, et seul le bruit de leurs pas qui martelaient le sol, raisonnait dans le couloir. Un peu plus tôt, assis dans un café, ils n'avaient pas hésité à se parler ouvertement, comme de vieux amis, quoi qu'un peu réservés quand même. Mais maintenant, la réalité reprenait le dessus. Ils étaient deux parfaits étrangers, issues de mondes différents.
- Adam ! Adam ! Appela vivement une voix féminines aux accents grave et chauds.
- Ah ... Candice ..., soupira le jeune homme.
Elle s'approcha à grands pas, se trémoussant sur ses talons aiguilles. Katie semblait se ratatiner sur place, tandis qu'Adam reprenait l'assurance et le mépris qu'il avait perdu ces quelques heures de relâchement.
Il semblait se souvenir de qui il était, et un sourire hypocrite s'étala sur ses lèvres.
- Euh ... à demain Adam, murmura timidement Katie.
Il se tourna vers elle avec un dédain évident, qui lui glaça sang et fit sourire la diabolique Candice.
- Euh, ouais...
Il s'approcha de Candice, enroula un bras autour de ses hanches, et l'entraîna dans sa chambre sous une chorale de gloussements provocateurs, lâchés amèrement par Candice. Sans se retourner, Katie, avec un certain malaise, s'enferma dans sa propre chambre, honteuse. Fermant les paupières elle se laissa glisser contre le bois lisse et froid de la porte. Qui était donc ce garçon si macho et si doux, si prétentieux et si souriant, si froid et si beau ?
Adam McWhite et son c½ur morcelé par des années d'égoïsme.